Européennes ; et après ? Point de vue sur un scrutin.

Publié le par sfr69

 

Le 7 juin 2009, le parti socialiste a subi une défaite cinglante. Un score de moins 17% au niveau national, sur 40% de votants. C'est infime. La liste « Europe Ecologie » le devance très largement en Ile-de-France, et dans le Sud-Est, c'est-à-dire dans les régions les plus urbanisées. Jamais, depuis 1971, ce parti n'a si peu convaincu les électeurs français.

Au niveau européen, la droite est la grande gagnante du scrutin. La crise économique, conséquence de la crise financière, qui détruit des millions d'emplois, n'incite pas à voter à gauche ? Ou la gauche n'est-elle plus capable de proposer des solutions, des idéaux, des espérances ? Barroso peut continuer, la remise en cause de nos services publics également. Le PSE a du travail en perspective!

Dans les quartiers et les communes « populaires », le taux est encore pire. L'abstention y est toujours supérieure à la moyenne nationale, avec des pointes à plus de 70% (près de 77% à Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Givors 74% ; la même chose à Oyonnax ou dans les quartiers de Bourg-en-Bresse votant à gauche). Encore plus qu'ailleurs, pour des raisons culturelles, l'Europe ne représente pas grand chose pour les électeurs potentiels.

Après la défaite – honorable – de 2007 et le succès des municipales (2008), nous payons le prix des divisions, donc en partie le prix d'un congrès raté et d'une confection des listes sans doute peu pertinente, ainsi que d'un début de campagne complètement raté, avec des appels au vote contre les listes. Nous vérifions également à quel point les électeurs ont la mémoire courte (les partis soutenant le « oui » en 2005 sont sortis grands vainqueurs du scrutin!), sélectionnant leurs centres d'intérêt (vote pour la présidentielle, à la rigueur pour les municipales, mais pour les autres scrutins...)

 

Les médias ont une part de responsabilité dans l'abstention. Très mauvaise couverture médiatique de la campagne; un seul débat, cacophonique et ridicule à certains moments, sur France 2 (le vin rosé était-il un enjeu crucial ?). Enfin, certains diront que le film « Home » programmé vendredi soir a favorisé la prise de conscience écologiste. Et une pédagogie toujours aussi peu audible. J'ai entendu des électeurs, ce dimanche, demander s'il y avait un second tour. J'ai entendu des proches me donner: « c'est qui ce Barroso ? Comment est-il élu ?». Dans Le Progrès de lundi matin, seulement deux petites colonnes sur une demi-page pour évoquer les résultats dans le reste de l'Europe...Bref, les années passent et c'est comme si l'Europe s'éloignait de plus en plus de nous !

De manière générale, il est difficile de faire passer un message : la presse est gratuite, se lit en 20 minutes ; la télévision d'information brouille les messages en diffusion du texte en bas d'un écran où du son et de l'image véhiculent un autre message. Si vous allez aux archives et ouvrez un journal d'avant 1945, vous mesurez le poids de l'évolution de l'information : vous trouverez des journaux très denses, avec de très longs articles sur plusieurs colonnes.

Le PS est un parti de transformation sociale : la transformation sociale est quelque chose de complexe (et en même temps d'exaltant, il faut le reconnaître!). Il cultive les valeurs d'égalité et de solidarité. Comment concilier ces valeurs dans une société où le culte de la star et de la personnalité est omniprésent ? Il lui faut à la fois s'adapter au système environnant, mais lutter également pour le changer, si l'on est convaincu que la démocratie ne sort pas grandie de la personnalisation des débats. L'altercation entre Daniel Cohn-Bendit et François Bayrou le jeudi 4 juin fut un exemple de cette personnalisation, opposant deux représentants de partis pro-Européens.

 

Alors, beaucoup de ténors socialistes ont dit qu'il faudrait changer le fonctionnement du parti. La formule n'est pas nouvelle ; on l'entend depuis 2007, voire depuis 2002. Beaucoup de simples militants le pensent aussi. Mais un changement ne se décrète pas : il se vit et se fabrique.

Souhaitons donc que les “cadres” du parti ouvrent l'engrenage de la rénovation, d'un changement profond et véritable du parti : comment peut-on rénover en cumulant, parfois deux mandats politiques et deux fonctions au sein du parti ??? Il faudra inventer les mots et les pratiques pour reconquérir une crédibilité et un électorat. L'anti-Sarkozy, les tractages : des formules et méthodes qui sont, peut-être pas complètement dépassées, en tout cas largement insuffisantes pour convaincre. Bon travail d'ici à 2011 !

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